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La chronologie calédonienne



Période de Koné


La Nouvelle-Calédonie, comme une bonne partie du croissant mélanésien, s’est peuplée anciennement avec la dispersion austronésienne. C’est à cette époque, aux alentours de 1000 avant J.C., que commence la période de Koné, du site éponyme de cet ensemble culturel (WKO013) au lieu-dit Lapita sur la presqu’île de Foué, commune de Koné.

Connue principalement à travers l’étude de sa culture céramique, cette première étape de l'histoire calédonienne est caractérisée par 2 types de poteries : « les poteries décorées de motifs géométriques pointillés ou incisés - caractéristiques du Lapita - et les poteries décorées de reliefs imprimés côtelés réalisés à l’aide d’un battoir gravé, nommées poterie de Podtanéan. » (Sand, 1995, « Le temps d'avant », la préhistoire de la Nouvelle-Calédonie). Montées au colombin ou à la technique des plaques assemblées, les céramiques étaient affinées au battoir et à l’enclume. Réalisées avec les mêmes argiles et les mêmes dégraissants - argile de marécage et sable calcaire ou de rivière – leurs vocations semblent avoir été distinctes. La céramique de Lapita, de par sa « fragilité » révélée lors d’études pétrographiques, ses décors complexes et sa répartition spatiale lors de fouilles, semble avoir été destinée à une utilisation de prestige (échanges, cérémonials…). La vaisselle de Podtanéan semble avoir servi au quotidien avec une vocation culinaire.

A partir de la seconde moitié du premier millénaire avant J.C., alors que la poterie Lapita a déjà disparu, apparaissent de nouveaux types de décors incisés. Principalement présents dans le Sud de la grande terre, la tradition céramique a été nommée tradition de Puen en référence à une poterie entière découverte sur l’îlot du même nom.

Au-delà de la culture céramique, les fouilles archéologiques ont permis d'approcher le quotidien de « l’homme de Koné ». Les villages, peut être formés de cases ovales alignées parallèlement au bord de mer, devaient, vraisemblablement, avoir des divisions sociales internes. Consommant poissons, crustacés et coquillages, les habitants fréquentaient aussi bien la mangrove que le lagon.

Il est important de souligner que l’économie de la période de Koné ne se limitait pas à l’exploitation marine. En effet, des vestiges osseux d’oiseaux, tel le mégapode sylviornis neocaledoniae pouvant peser jusqu’à 30 kg ou du crocodile terrestre Mekosuchus inexpectatus, tous deux disparus aujourd’hui suite à une évidente surconsommation, en sont la preuve.

Même s' il semble presque certain que les différentes entités sociales de la période de Koné fonctionnaient en auto subsistance comme le laisse supposer les données archéologiques, cela ne signifie pas que tous contacts entre les différentes implantations étaient inexistants. Les échanges de matières premières ou d’objets finis se faisaient avec le proche Vanuatu et les îles Salomon.

Aux vues de cette présentation succincte de la première phase préhistorique de la Nouvelle-Calédonie, il ne faut surtout pas imaginer une culture figée. De nombreux villages se sont développés tout au long de cette période, ne serait-ce qu’en fonction de l’évolution démographique. La colonisation de l’intérieur des terres pourrait avoir commencé dès cette époque.

Fragment de ceramique de tradition Lapita

Poterie de tradition Podtanéan (battoir)


Période de Naïa-Oundjo


L’évolution culturelle des austronésiens calédoniens originaires du Complexe Culturel Lapita mélanésien, est progressive. Certaines métamorphoses au sein de la société du premier millénaire, indiquent tout de même un changement dans l’organisation du territoire. La transformation la plus remarquable est, sans nul doute, l’évolution de la céramique. Les derniers potiers à produire du Lapita rompent avec la tradition au profit d’autres décors et d’autres formes. Le rôle social ou sacré de la poterie Lapita est ainsi abandonné peu de générations après le premier peuplement. Cette nouvelle orientation culturelle ne correspond pas à un remplacement de la population, les nouveautés céramiques trouvant leurs origines au cours de la période de Koné.

Cependant, l’élément marquant du début de l’ère chrétienne, est le renforcement de la division géographique de la grande terre qui apparaît suite à l’étude typologique du mobilier. Cette différence de culture céramique a donc nécessité la division de la seconde phase préhistorique calédonienne en 2 périodes contemporaines : la période d’Oundjo pour le Nord, celle de Naïa pour le Sud.


Période d’Oundjo

Les trop rares sites fouillés dans le Nord calédonien, ne permettent pas de bénéficier d'informations couvrant toute la Province. Il semble donc, que la poterie de Podtanéan subit une évolution typologique. La simplification des formes et des décors, peu diversifiés, a amené à proposer une nouvelle appellation : la poterie de Balabio (de l’île du même nom). Cette dernière sera produite durant le premier millénaire ap-J.C.

L’étude céramique a également déterminé un second type de poterie pour cette période. Durant le second millénaire ap-J.C, une poterie, plus grande et aux parois plus épaisses que celle de Balabio, devint rapidement prédominante. Appelée poterie de Oundjo, elle correspond à ce que les européens ont nommé «la marmite canaque». Utilisée principalement pour la cuisson à l’étouffée - d’où la justification des perforations réalisées sous le bord – elle est reconnaissable par une multitude de décors.

A travers les données acquises lors des trop rares fouilles dans la province Nord, il est tout de même possible d’entrevoir quelques objets du quotidien. Ainsi différents types de bracelets apparaissent tout comme les éclats lithiques semblables à ceux des habitants de Balade lors du passage de James COOK en 1774.

Poterie à anses partiellement remontée (copyright Martial DOSDANE PS)


Période de Naïa

Plus nombreux dans le Sud, les sites archéologiques fouillés apportent un grand nombre d’informations sur la période de Naïa.

Ainsi, au début du premier millénaire de notre ère, se développa un type de poterie caractérisé par 2 anses horizontales symétriques, placées sous le col. De dimensions variées, de 15 à plus de 70 cm de diamètre, la fonction de ces pots n’est pas clairement définie. Il semble qu’ils aient pu avoir une fonction culinaire mais également rituelle si l’on retient leur association à certaines sépultures. Appelée poterie de Plum (du nom d’un lieu-dit de la commune du Mont-Dore), elle se différencie également de celles de la période de Koné par les argiles utilisées pour sa production. Les argiles de marais sont abandonnées au profit des argiles de sédimentation. Ceci indique un changement dans l’approvisionnement de la matière première, changement pouvant être dû à une meilleure connaissance du territoire ou à une modification du paysage. De la céramique de Plum fut découverte sur plusieurs sites de vallées sous plusieurs mètres d’alluvions, ce qui semblerait indiquer qu’au cours du premier millénaire après J.C. l’homme ait eu un fort impact sur son écosystème. Devant vraisemblablement répondre à une forte demande alimentaire suite à un développement démographique logique, il fut obligé d‘étendre son domaine cultivable par la déforestation. Les terres fertiles des versants furent lessivées pour s ‘accumuler dans les vallées.

Au tout début du second millénaire, les potiers développèrent une nouvelle céramique également hémisphérique et réalisée avec des argiles proches de celles utilisées durant la période de Koné. Ces poteries, appelées poteries de Néra, sont décorées de pustules repoussées. Ces dernières sont souvent alignées parallèlement au col sur une ou plusieurs rangées. On notera aussi la présence de décors incisés.

Les cases formant les hameaux étaient principalement rondes avec un poteau central, elles ne devaient pas se différencier des cases traditionnelles actuelles.


Pour en savoir plus :

- SAND, Christophe, « Le temps d'avant », la préhistoire de la Nouvelle-Calédonie, Paris, 1995.

- la collection « Les cahiers de l'archéologie en Nouvelle-Calédonie » du Dpt Archéologie du Gvt de la Nouvelle-Calédonie.

 

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